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Le rap français regorge d’exemples de duos incontournables : Lunatic, Tandem, Les 10′, Les Zakariens, Les X-men pour ne citer qu’eux. Cette fois-ci, L’histoire commence dans le 94 et à pour origine le Hip-Hop… Cevi et Zeufa, originaires d’Alfortville, sont amis d’enfance et forment 2Mezur. Le tandem a sorti le 3 avril dernier un EP intitulé #BLCSTAP, mixture dans lequel ils mêlent amertume et nostalgie avec rage de vivre.
Rencontre.


Pour commencer, pouvez-me dire à quel âge vous avez connu le rap ? Et quand est-ce que vous avez rapper la première fois ?

Cevi : Pour ma part, J’ai commencé à écouter du rap assez jeune, dans la période de l’âge d’or vers 1996 puis j’ai commencé à rapper vers 10-11 ans avec mon frère. C’est lui qui m’a mis dedans.

Zeufa : Moi, j’ai découvert le rap avec Skyrock un peu plus tard, je devais avoir 13-14 ans.
Je me souviens que le premier morceau de rap que j’ai écouté, c’était « L’Empire du côté obscur » d’IAM. J’ai acheté mon premier album de rap un peu plus tard parce qu’à l’époque mes parents ne voulaient pas trop que j’écoute cette « musique de gangster » (rires). Du coup, le premier album de rap que je me suis procuré c’est Première Classe vol.1 (1999). Un peu plus tard donc. J’ai dû écrire mes premiers textes au même âge.

Vous êtes originaire d’Alfortville dans le Val de Marne. J’imagine que comme beaucoup de jeunes ayant grandi dans le 94 vous avez été bercé par la Mafia K1’fry ?

Cevi : La Mafia K1’fry en soi non mais tous les rappeurs qui la composent, oui énormément !
Rohff, c’est une référence pour moi en termes d’écriture. Le 113, Kery James, Intouchables, … oui, je me suis pas mal buté. Après, je ne sais pas si c’est parce que je viens du 94 mais effectivement j’ai baigné dedans. Encore aujourd’hui, je suis leur actualité. De manière générale, j’ai toujours un œil sur ce qui sort, je suis un un bousillé de rap français.

Vous écoutez quels artistes rap sur la scène indé ?

Cevi & Zeufa : Furax, Swift Guad, Hugo TSR, Scylla, Jeff Le Nerf, Demi Portion, Guizmo, La Hyène aussi qui est très fort, …

Vous écoutez d’autres genres musicaux ?

Cevi : Je dois écouter 80% de rap français et le reste, ça peut être de la soul, du reggae, de la musique caribéenne ou du funk.

Zeufa : J’écoute beaucoup de rap français également et très peu de rap cainri. Je ne suis pas très diversifié musicalement. J’écoute des musiques pour les enfants aussi mais ça on me l’impose (rires).



J’ai cru comprendre que vous aviez ce projet de sortir un album il y a quelques années et que vous aviez renoncé. Qu’est ce qui est différent aujourd’hui ?

Cevi : On avait 17-18 ans. Par mon cousin, on a rencontré Donya, une artiste connue dans les années 2000 assez proche du secteur Ä, qui nous a fait poser dans un album, puis elle a voulu nous prendre sous son aile et nous produire. On a donc enregistré tout un projet où on pouvait obtenir des feats assez lourd. Finalité de l’histoire : on devait avancer de l’argent pour le projet, argent que nous n’avions pas. On ne possédait pas les bandes et donc le projet n’a jamais vu le jour.
On a continué pendant quelques temps à droite, à gauche sur des mixtapes vendus un peu à l’arrache à Clignancourt. Il y avait des artistes comme Samat (RIP), Larsen ou encore Alkpote dessus. On a ensuite lâché l’affaire pendant 10 ans et là, on est de retour depuis 1 an environ.

Zeufa : Cevi, ça faisait un moment que ça le travaillait. On a rencontré un mec qui a un studio sur Paris, via son cousin toujours. Un soir, Cevi m’appelle et me dit qu’il est dans ce studio et me chauffe pour qu’on enregistre. Ce soir-là, on a rencontré une autre personne qui avait un studio dans le 95. Lui était plus dans le rap et après avoir écouté nos maquettes, il nous a offert une séance studio durant laquelle on a enregistré « Colis suspect ».
À partir du moment où on a enregistré ce morceau, on s’est dit : « C’est parti ! On se lance ! ». De là est né #BLCSTAP.

 

Quel est la signification de ce titre justement ?

Cevi : « Bat les couilles si t’aimes pas ».

Sur ce projet, vous collaborez beaucoup avec Jawad Beatz. J’imagine qu’il y a une compatibilité artistique qui s’est créé. Comment s’est faite cette rencontre ?

Cevi : On s’est rencontré via Instagram. C’est lui qui nous a contacté pour nous proposer des instrus. On s’est très bien entendu, c’est un gars sûr. Il est légèrement plus âgé que nous mais on a la même culture rap. On se comprend vite au niveau des prods, on parle la même langue. On a collaboré aussi avec Yassine, un jeune avec beaucoup de talent qui bosse avec Jawad. On a fait quasiment tout le projet avec eux excepté 2 instrus. Une vraie connexion artistique et amicale !
Avec les réseaux, c’est fou comme les choses vont très vite désormais. On a fait un live et on a reçu le soutien de poids lourd comme Dry ou Aketo. Avant, c’était une galère pour rencontrer ou contacter un rappeur ou quelqu’un du milieu.
Même la Scred : on se retrouve sur leur magazine, on a fait un freestyle Scred Boutique et ils nous ont validé sur l’instru du morceau « Le Bonheur ». Ça fait chaud au cœur pour des mecs comme nous qui avons grandi en écoutant leurs morceaux.

Qui sont les deux autres beatmakers ?

Cevi : Il y a un beatmaker rattaché au label Most Wanted Corp et une instru de Mehsah sur « Colis suspect ». Mais celle-ci, on n’a pas pu la mettre sur Spotify pour des raisons de droits d’auteur. La prod en question est issue de l’un de ses albums. On a pu le mettre sur la version CD en revanche.
Mehsah, c’était très important pour nous de poser sur ces prods parce qu’on apprécie énormément son travail, c’est des instrus qui nous ressemble, qui nous parle beaucoup.

Sur #BLCSTAP, on retrouve plusieurs ambiances, plusieurs styles de rap différents. C’était une envie de votre part de faire un projet diversifié, éclectique ?

Zeufa : Oui c’est-à-dire que nous on vient de la boom-bap, c’est clairement notre école. Du coup, on a plus de facilité à aborder ce style de rap et c’était normal d’en avoir dans l’album. Mais effectivement, on a eu envie de s’essayer à autre chose comme de la trap. Même sur les thématiques, on a voulu parler de sujets différents. Le morceau « Bord de mer » par exemple, c’est un morceau plus divertissant et donc très différent des autres sons du projet mais ça reste un morceau qui nous ressemble parce que, voilà, dans la vie on ne broie pas toujours du noir. Parfois, on a envie de s’ambiancer, parfois, à l’inverse, on est nostalgique ou énervé. On suit notre humeur.

Cevi : 
Oui c’est vrai on voulait faire un album qui nous ressemble. Ce n’était pas forcément le but de tout essayer mais c’était aussi une manière de montrer qu’on était dans le coup, qu’on est capable de beaucoup de choses malgré le fait qu’on avait lâché le rap pendant un moment. On a pris goût à s’essayer sur différents styles. L’autotune, même si on s’en sert très peu, on a aimé découvrir les nouvelles musicalités que ça offre. Certains textes, avec ou sans autotune, c’est le jour et la nuit. On a voulu offrir une palette, une vitrine de nos capacités. Ça nous aide à nous positionner aussi en consultant le retour du public. Le second projet aura sans doute plus de cohérence musicale et thématique.

Sur quel style que vous pratiquez dans le projet avait-vous les meilleurs retours ? Ou est-ce que les gens semblent avoir le plus accroché ?

Cevi : C’est assez étonnant car on a des bons retours partout. Il y a des personnes qui ont plus aimé les morceaux boom-bap comme « Si seulement » ou « Colis suspect », d’autres ont préféré les morceaux plus trap comme « On sait que » et on a eu également beaucoup de positif sur « Bord de Mer » par des gens qui n’écoutent pas forcément de rap d’ailleurs.
Après, la plupart des gens qui nous suivent sont globalement des puristes. Nous-même, on est très attaché à ce rap-là. Comme dit Akhenaton, nous « on fait du rap orthodoxe ».

Zeufa : Oui, comme je l’ai déjà dit, on est plus à l’aise sur de la boom-bap parce qu’on connaît les mesures. On le pratique depuis des années. Mais l’avantage de la trap, c’est qu’elle permet plus facilement de diversifier son flow et sa musicalité.

Il y a plusieurs morceaux sur l’EP où on ressent une certaine nostalgie, des adultes tirant un trait sur leur adolescence, ce qui correspond plus ou moins à la période où vous avez arrêté de rapper. Il y avait un besoin de se livrer sur cette période ?

Cevi : Oui forcément ! Quand tu n’as rien écrit pendant 10 ans, lorsque tu reprends, tu as besoin de te livrer sur ce que tu as vécu pendant tout ce temps. De la même manière, ça permet à l’auditeur de mieux nous cerner, de comprendre d’où l’on vient et de faire un premier pas dans notre univers.

Je voudrais revenir sur le morceau « La foi, les couilles et le charbon ». Le titre est assez évocateur. C’est une devise ? Un mantra ?

Cevi : C’est-à-dire que ce morceau à une petite histoire : On a un ami qui habite en Corse, il a déménagé là-bas il y a 10 ans et quand il est arrivé, il n’avait rien. Il avait seulement deux tréteaux avec lesquelles il vendait quelques trucs sur le marché. 10 ans plus tard, il a 3-4 boutiques en Corse qui fonctionne très bien (INDJEANS) et en indépendance comme nous. Un soir, il m’a envoyé une photo de son magasin rempli de marchandises et il me dit : « il y a 10 ans je n’avais rien et grâce à la foi, les couilles et le charbon, regarde où j’en suis ». Et effectivement, si tu suis cette logique, tu peux qu’évoluer dans la vie. C’est pour ça aussi que cela avait beaucoup de sens pour nous de clipper le morceau en Corse. D’ailleurs, on introduit le morceau avec un extrait de « Il était une fois dans le Bronx » parce que cela correspondait parfaitement à notre mentalité et à ce qu’on voulait exprimer dans ce son. C’est l’ouvrier le vrai héros, celui qui se lève tous les matins pour nourrir sa famille.

 

Quel est, selon chacun de vous, la meilleure punchline de l’autre ?

Zeufa : (rires) Elle est dur celle-là !

Cevi : Moi, j’en ai une de Zeufa mais qui date de plusieurs années déjà. Il disait dans un texte : « Je ne suis ni un mec de la rue ni un exemple pour mon frère » !
Je me retrouve dans cette phase : on n’est pas des voyous, et on ne l’a jamais revendiqué d’ailleurs, mais on a fait quelques conneries quand même.

Zeufa : J’en ai trouvé une là mais il y en a plein d’autres. C’est « Tu touches à mes gosses, j’pars au card-pla, pas celui d’IKEA » ! J’adhère totalement à celle-ci.

Quel est l’actualité à venir pour 2mezur ?

Zeufa : On part sur un nouvel EP, tout d’abord parce que le format nous correspond bien.
Puis, selon moi, aujourd’hui faire un album c’est parfois se prendre la tête pour rien. Je ne dis pas qu’on ne fera jamais un album mais c’est un travail très important d’écriture, de cohérence, d’harmonie musicale et qui ne correspond pas forcément à notre époque. Pleins d’artistes réfléchissent de cette manière aussi comme Niro qui a sorti un album en 4 parties.
Je me demande si le format album n’est pas un peu dépassée finalement.
On part donc en studio à partir de novembre pour enregistrer #BLCSTAP 2, il devrait arriver d’ici Mars- Avril. On a déjà 2 prods de Mehsah, on va retravailler avec Jawad Beatz et Yassine aussi et un autre beatmaker.

Cevi : À côté de ça, on a enregistré 10 freestyles qu’on va tous clipper. On a repris des prods à l’ancienne comme « On fait les choses » de Neg’ Marrons, Mystik, Pit Baccardi et Rhoff, « Le bonheur » de la Scred, « Demain c’est loin », d’IAM, etc… Ce genre de classiques ! Très, prochainement, on va en publier un tous les 15 jours sur Instagram. On a essayé de tout reprendre : la prod, la thématique, le flow, certaines punchs modifiés.
D’ailleurs, Sully Sefil nous a validé sur extrait du freestyle « That’s My People » d’NTM que j’ai publié sur Instagram. Et ça, ça donne beaucoup de force !

 

Un mot de la fin ?

Ça arrive ! Restez connectés et Big up Scred Magazine !

Propos recueillis par Kevin Nectoux
Photos : Florent PX

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