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Pour notre second épisode des Scred Rencontres, l’équipe du Scred Magazine a eu l’immense plaisir de s’entretenir avec un couteau suisse du Hip-hop français, Metodkilla, Dj et beatmaker villeparisien qui maitrise également l’art du mix et du mastering. Membre du Da Playground Show et Dj du crew Diverset, Metodkilla a accepté de répondre à nos questions nous offrant l’opportunité de revenir sur son parcours, connaître ses références et le questionner sur sa façon d’envisager la musique Hip-Hop.

D’où tiens-tu ton blaze ?

C’est un clin d’œil au Wu-Tang Clan. J’étais un gros consommateur du Wu et j’ai fait un jeu de mots entre Method Man et Ghostface Killah. Puis j’aimais bien le sens que ça pouvait prendre en français : « La Méthode qu’il a » ou « Méthode de tueur ».

Quel est ta première rencontre avec la musique ? puis avec le Hip-Hop en particulier ?

Ma 1ère rencontre avec la musique, c’était très jeune, je savais à peine marcher (rires). On me posait sur la table à côté du poste cassette et je m’amusais à les retourner pour mettre l’autre face. Mes parents écoutaient beaucoup de musique du coup très tôt, j’ai été bercé au reggae, à la chanson française, mon père écoutait beaucoup de funk également.
Avec le Hip-Hop, c’est arrivé au collège, je suis tombé sur une mixtape de Cut Killer et j’ai adoré le mix, ça m’a vraiment fasciné.
Dans mon cas, c’est le DJing qui m’a amené vers le rap. J’ai d’abord écouté des mixtapes mixées puis ensuite j’ai commencé à m’intéresser au rap en tant que tel. Très vite, je me suis dirigé vers le rap américain.

Quel est le 1er morceau de rap américain que tu as écouté ?

C’est « Shimmy Shimmy Ya » d’Ol’ Dirty Bastard. Ce morceau m’avait mis une grande claque à l’époque. J’avais déjà écouté d’autres artistes un peu antérieurs comme De La Soul par exemple mais ma première claque, c’est ODB. C’est le boom-bap new-yorkais qui m’a lié au rap.

Et le premier morceau de rap français ?

Je ne me souviens plus exactement quel est le premier que j’ai écouté mais je me souviens que le premier vinyle que j’ai acheté c’était le maxi J’fais mon job à plein temps de Busta Flex. Le premier d’une longue série.

Tu pratiques le DJing et le beatmaking. As-tu déjà pratiqué une autre discipline du Hip-hop ?

Non, pas vraiment. J’ai fait un stage de break quand j’étais plus jeune, je devais avoir 12, 13 ans. Je n’étais pas très habile dans les voltiges du coup je me suis concentré sur le DJing. Mon beau-père m’a offert mes premières platines. Le beatmaking est arrivé plus tard quand j’avais 17 ans lorsque j’ai rencontré Xana Soulsearcher.

De gauche à droite : Xana Soul Searcher, Metodkilla, Yka Soldat / Photo : L’Insolente Prod

Qu’est-ce qui t’intéressait particulièrement dans chacune de ces disciplines ?

Le DJing, c’était vraiment la manière de passer d’un son à l’autre en une demi-seconde, là où dans les musiques électroniques le changement est plus long. J’aimais aussi le scratch que ce soit la sonorité et la technique. Après moi, je ne me suis jamais acharné dans le scratch. Pour vraiment maîtriser la technique, il faut y passer 8h par jour. Je n’ai jamais eu la patience (rires).
Pour le beatmaking, c’est l’aspect créatif qui m’intéressait, la confection musicale.

Sur quel matériel t’exerçais-tu à tes débuts ?

Au début, j’avais juste mes platines et un ordi. La première machine que je me suis procuré, c’était un contrôleur Akai avec des pads puis je me suis acheté une MPC 1000. J’ai beaucoup exercé sur cette machine là pour vraiment comprendre son fonctionnement. On n’a pas besoin d’ordinateur avec cette machine, je branche la platine sur ma machine, je récupère un sample et c’est parti !
Aujourd’hui, je suis sur une MPC Renaissance mais j’ai conservé la MPC 1000 aussi et je l’utilise toujours.

Quelles étaient tes références en DJs et beatmakers à l’époque ?

En France, c’était Cut Killer. Pour moi, avec Dee Nasty, c’est le DJ sans équivalent. Personne ne pourra faire ce qu’ils ont fait. C’est grâce à eux que le DJing a explosé en France.
Aux USA, c’est DJ Premier (Gang Starr) et DJ Babu (Dilated People). En réalité, j’ai toujours préféré les DJs qui sont également beatmaker. Ce qui est fascinant, c’est qu’ils vont être capables de te sortir une instru et de te l’habiller avec des scratchs par exemple. Je pense que quand tu cumules ces deux casquettes tu as plus d’idée car tu as plus l’habitude de manipuler la musique entre tes doigts, de la contrôler de A à Z.

Et sur la scène actuelle ?

Un DJ qui me « coupe la tête » en ce moment, c’est DJ Soul Intellect, un des DJs de L’Uzine (le meilleur chirp du moment). Le DJ/Beatmaker Cliff que j’apprécie énormément aussi. J’ai du respect pour l’artiste et l’humain, c’est quelqu’un de super.
En rap actuel, je te citerais Alpha Wann ou Josman. Je suis personnellement plus de l’école boom bap mais eux j’adore leur travail. Lady Lashurr, une rappeuse anglaise vraiment douée que j’écoute beaucoup en ce moment.

À quel moment tu penses avoir trouvé ta propre identité musicale ?

C’est surtout quand j’ai commencé le beatmaking. Quand j’ai débuté, mes premiers réflexes étaient de reproduire ce que j’entendais. Puis un jour, tu fais un petit pas de côté, puis finalement tu réutilises ce « pas » dans d’autres prods et à force, ça construit ta manière de faire de la musique puis ça se ressent dans les prods.

Pourrais-tu nous raconter ton premier Dj set ?

Oui ! J’avais 16 ans, c’était à l’époque où je faisais mon apprentissage à Rennes. Je n’y suis resté que 2 ans et la dernière année j’ai rencontré un mec qui m’a fait mixer dans un bar. Et de là, il m’a programmé comme première partie de DJ Poska. Cela s’était super bien passé. On mixait directement aux vinyles, il n’y avait pas Serato à l’époque. J’avais ramené mon bac, avec mes vinyles classés. En prime, Poska avait signé les vinyles que j’avais de lui. Un excellent souvenir !
Après cela, je n’ai plus fait de DJ set jusqu’à il y a 3 ans où on a lancé le Da Playground Show avec Younès, Xana et Yka. Ensuite j’ai rencontré mes gars Lelbi et Mero avec qui on forme Diverset et pour la scène, j’ai dû vraiment peaufiner le mix.

 

Le meilleur souvenir de concert avec Diverset ?

Pour l’instant, c’est notre passage à la 4ème édition du Demi-Festival. Tout y est : c’est l’été, c’est un lieu incroyable, tu joues dos à la mer et face à un millier de personnes en feu. Je n’étais jamais venu en tant que spectateur, j’ai découvert l’ambiance de ce festival directement sur scène, c’était impressionnant.

Metodkilla lors de la 4ème édition du Demi-Festival

Et le pire ?

Je ne sais pas si je peux te le dire (rires). Sans citer personne, on est arrivé une fois pour jouer dans une salle où il n’y avait pas de platine. L’organisateur ne nous avait pas prévenu et on ne peut pas réaliser notre performance sans platines. Ça nous a foutu dans la merde sur le coup.
Mais c’est arrivé très rarement ce genre d’évènement, on a bien plus souvent kiffé nos concerts.

En tant que beatmaker, quel serait ton feat de rêve ?

Ah! Elle est compliqué cette question ! Un mec du Wu sans doute. Si je devais en choisir un, je dirais Method Man. Imagine, « Method Man x Metodkilla, », ça serait un feat de malade ! (rires)

À part le rap, qu’est-ce que tu écoutes d’autre ?

J’écoute de tout ! Pour me divertir, j’apprécie le dancehall, le reggae, le ska, le dub j’aime beaucoup aussi. La funk, la soul également. Il y a très peu de genre musical que je n’aime pas hormis l’électro hardcore, le rock hardcore. Dès que c’est hard, je ne suis pas, je n’arrive pas à rentrer dedans. Un artiste que je pourrais écouter sans cesse, c’est Tim Maia. Niveau reggae, j’aime beaucoup Barrington Levy et Grégory Isaac. En dancehall, je citerais MrSM, un artiste émergent de la scène guyanaise.

Quel est la prod dont tu es le plus fier ?

Il y en a 2 particulièrement : l’instru d’« Everybody Watching » que j’ai faite pour le S’One Project. Ce morceau me fait kiffer, Reverie a tué ça !
Et la prod de la « Poignée de Punchlines » qu’on a faite avec Diverset. On a vraiment adoré faire ce morceau !
Quand j’écoute ces deux tracks, je me sens fier. (rires)

 

Quels sont les instruments que tu préfères utiliser dans tes prods ?

C’est assez classique. Quand je produis pour du rap, j’aime bien kick, snare, charley, basse. Je ne suis pas très compositeur moi, je ne joue pas d’instruments. Je suis plus un adepte du sample.

Pourquoi es-tu si attaché au sample ?

Je ne suis pas musicien. Je peux toucher vite fait mais je ne compose pas. Du coup, je me suis dirigé directement vers le sample. Puis j’aime la méthode : dénicher, couper, affiner. Le sampling, c’est vraiment intéressant comme pratique. Tu peux écouter des vinyles pendant des heures, tu ne vas rien trouver et à un moment, dans un vieux vinyle de variété française, tu vas entendre un court passage qui colle.

Quel est la configuration idéale selon toi pour composer ?

Je suis bien dans mon « vaisseau ». Quand je suis sur mon siège avec toutes mes machines, je suis plus à l’aise, je maitrise cet environnement. Mais j’aime bien aussi embarquer une de mes machines en voyage pour composer. J’avais composé lors de notre voyage à Sète pour le Demi sur des rochers au bord de l’eau. J’ai composé à la montagne dans la neige aussi (rires). Les paysages sont inspirants !
En général, je commence par le sample. Pour moi, le sample c’est la principale source.

Quel est le meilleur morceau selon toi pour débuter un Dj Set ?

Je n’en ai pas fait des tonnes mais je dirais que ça dépend du public en face. Je commencerai avec un morceau de Missy Elliot ou Busta Rhymes je pense. Ouais, « It’s a Party » de Busta Rhymes, c’est parfait.

 

Et pour finir ?

Il faut que ce soit un gros bordel donc je dirais du bon Cypress Hill. « Insane in the brain » me paraît approprié (rires).

 

Comment s’est faite la rencontre avec Lelbi et Mero, avec lesquels tu formes Diverset ?

Je devais me rendre au One One à Chelles, un concours de rap organisé par Warlock, avec un pote. Je me souviens que ce soir-là un showcase de Swift Guad était prévu.  On s’était donné rendez-vous chez moi avec mon ami avant de partir ensemble pour la soirée. Ce pote en question est venu avec Mero, que je ne connaissais pas à l’époque. Et en rentrant chez moi, en voyant tout le matos et les nombreux vinyles dans les étagères, Mero me dit : « Ça me fait penser au studio d’un pote ». Moi, sans savoir de qui il parlait, je lui ai répondu : « Oui, ça ressemble à chez Xana SoulSearcher. Tu parles de Xana ? ». Et il s’avère que c’était le cas, on avait une connaissance commune sans le savoir. Par la suite, on a sympathisé, il me présenta Lelbi quelques temps après puis un jour ils m’ont proposé d’être leur DJ et j’ai accepté parce que je les apprécie déjà humainement en tant que personne mais aussi artistiquement parlant. Je trouve que, par rapport à leur âge, ils ont une qualité de texte impressionnante et font preuve de maturité dans leur manière d’aborder le rap.
Il y a DS qui a rejoint un peu plus tardivement le crew, il nous suivait en concert et un jour, il nous a confié vouloir participer à l’aventure « Diverset ». Depuis, l’équipe est au complet !

Quel est votre premier concert tous ensemble ?

C’était à Chelles justement ! Mero avait gagné le One One et il avait obtenu comme récompense de pouvoir faire un petit concert à l’édition d’après. C’est la première fois que je les accompagnais sur scène.

Du 17 mars au 11 mai dernier, la France entière s’est retrouvée confinée avec de nombreux autres pays afin de ralentir la pandémie du Covid-19.
Comment s’est passé pour toi le confinement ? Et qu’est-ce que tu as fait pendant ces 55 jours ?

Assez bien ! Avec Mero et Lelbi, on a taffé leurs freestyles Insta et on a enregistré quelques morceaux. Moi, en parallèle, j’ai fait quelques lives. On a aussi relancé Da Playground avec des lives également. Je ne me suis pas tourné les pouces, j’ai fait beaucoup de musique puis à côté, je m’occupais comme je pouvais.

S’agissant de la scène rap actuelle, on entend parfois le terme de « nouvel âge d’or » du rap français. Partages-tu cette opinion ?

Pour être honnête, c’est la première fois que je l’entends. Selon moi, l’âge d’or il n’y en a qu’un. Ce n’est pas possible de refaire ce qui a été fait à cette époque. C’était une véritable émulation. Il y a eu et il y a aura encore d’autre ère du rap, mais un âge d’or il ne peut y en avoir qu’un. Cette période, 1995-1998, tu es dans le meilleur du Hip-Hop. Aujourd’hui, je le trouve un peu décousu, un peu égaré. Heureusement, il y a des activistes pour lui redorer le blason. « Jamais dans la tendance, toujours dans la bonne direction » (rires).

On te retrouve à tous les étages sur le S’One Project, le projet en préparation de DJ S’One : beat, mix, mastering, … Raconte-nous votre rencontre avec S’One et ta participation à ce projet.

Oui, avec plaisir !  On s’est rencontré la première fois à un open mic à la Scred Boutique puis on a orchestré le Scred Contest 2018 ensemble avec DJ Diemone (Paix à son âme). De là, on a sympathisé puis un jour, elle m’a annoncé qu’elle souhaitait réaliser un projet avec uniquement des rappeuses. J’ai adhéré et on s’est mis au travail. En réalité, j’aime le chemin entre l’idée et l’aboutissement. Ce qui m’intéresse, c’est la construction.

Tu as eu l’opportunité d’écouter tout l’album, quel est ton morceau préféré ?

J’aime beaucoup le son de KT Gorique, « Ring the alarm ». J’ai une préférence pour Reverie forcément. Une autre moins connu Fusila qui a fait le taff. Globalement, elles ont toutes assurées.

As-tu de l’actualité à venir ?

On travaille avec les potos de Diverset donc restez à l’affût. Et sinon, pour ma part, je prépare une beat tape qui devrait arriver fin 2020/début 2021.

Aurais-tu des conseils à donner à quelqu’un qui se lance dans le beatmaking ou le DJing ?

Je pense que c’est important, avant de commencer, de s’informer, d’écouter tout ce qui s’est fait avant. Si tu te lances dans le DJing, regarde comment cela a émergé, qui l’a ramené en France, quel type de son, sur quel matos, ect…
Une fois cette étape franchie, il n’y a pas de secret, faut bosser ! Ensuite, essayer de se démarquer, de trouver son petit truc à soi qui forge son identité.


Propos recueillis par Kevin N.

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