Il est 19h30, les spots lumineux éclairent partiellement la scène du FGO-Barbara. À sa gauche, on distingue deux petites tables rondes entourées de quelques chaises disposées de manière conviviale. Un verre à thé est placé devant chacune de ces chaises précisant aux spectateurs les plus ponctuels que les artistes ne sont pas les seuls invités de l’évènement. À l’arrière, on aperçoit plus distinctement une installation dessinant l’architecture des salons de thé du Maghreb. Située à l’entrée des coulisses, elle donne ainsi la sensation que la scène n’est autre que la terrasse d’un de ces lieux où brille la culture arabe et le sens de l’hospitalité dont elle fait preuve.
Sur le fronton, on aperçoit le numéro 18 et la plaque de rue indique :   XVIIIème arrondissement, Scred Connexion.
On est pourtant bien à la bonne adresse, c’est ici qu’a lieu le Barbès Café Show ce vendredi 27 septembre.
C’est ce que confirme la plaque de la station de métro « Château rouge » située de l’autre côté de la scène, au dessus de la projection du logo de la soirée, que de nouveaux arrivants arborent déjà sur leur t-shirt. Une platine, celle qu’occuperont les différents chefs d’orchestre attendus dans la soirée, est installée au pied de la projection. Sur scène, l’immersion est totale.


La salle est pleine lorsqu’une vidéo introductive marque le « top départ » de la 1ère édition du nouveau concept artistique de la Scred , déclenchant instinctivement quelques applaudissements chez les spectateurs les plus impatients… Autrement dit, tous.
Le métro parisien des années 70 apparaît alors sous nos yeux en noir et blanc. Son bruit, bien connu des habitants de la capitale, est couvert par les chants d’un artiste de l’époque, l’érigeant comme un véritable moyen de locomotion qui invite au voyage à travers les époques et les cultures. Ce métro qu’on voit dans ce court métrage a conduit, quelques décennies plus tard, les spectateurs et les artistes au 1, rue Fleury pour cette soirée inédite. Tandis que ce dernier touche à sa fin,  l’ombre du premier invité de la soirée s’esquisse sur l’écran de projection, s’installant à l’arrières des platines.

C’est DJ Sims, très reconnu dans le milieu, qui introduira musicalement et confirmera le thème de la soirée en nous livrant un set de musique arabe puis réalisera le pont avec le rap français par un tour de passe-passe entre le son original Harguetni Eddama d’Ahmed Wahby, dont est issu le sample de Tonton du Bled, le classique de 113 produit par le grand et regretté DJ Mehdi.

Le ton de la soirée est donc déjà donné lorsque les hôtes entrent sur scène : Koma et Mokless viennent souhaiter la bienvenue et laissent ensuite libre scène à Zaef. Le stand-upper viendra nous raconter avec finesse et humour les difficultés à trouver un logement sur Paris et son ressenti après s’être baladé à Barbès. Parce que c’est bien sûr le célèbre boulevard du 18ème, porte d’entrée du quartier de la Goutte d’Or et sujet à fantasmes de très mauvais reportages policiers, qui sera à l’honneur pendant toute la soirée. C’est ensuite les deux membres éminents de la Scred Connexion qui viendront ouvrir le bal musical de l’évènement et contredire les discours de ces émissions stigmatisantes, eux qui connaissent le quartier depuis leur enfance, en interprétant tour à tour Viens faire un tour à Barbès (morceau issu de l’EP de DJ Maze où Koma et Cheb Tarik partagent la prod) puis Les Diables et les Anges (le son solo de Mokless qu’on retrouve sur Scred Selexion 99/2000).

Ils enchaîneront encore quelques classiques avant de laisser Labess, le groupe algéro-québécois dont la musique puise son inspiration dans le chaâbi. Ils offriront au public du FGO-Barbara, un show original dans lequel la voix sublime de Nedjim Bouizzoul est accompagnée de quelques accords de guitare, de percussions assurées par Alberto et d’un violon joué par Loran qui fait résonner les murs de la salle au même rythme que les décorations dont ils sont ornés.
Ils concluront leur passage sur scène en accompagnant Mokless et Koma dans l’interprétation de Vieux avant l’âge. L’harmonie des deux groupes donnera un soupçon de nostalgie mêmes aux plus jeune.

Tandis que le groupe quitte la scène, les observateurs aguerris peuvent déjà apercevoir la silhouette du prochain artiste sous le réverbère situé à la droite de la scène, juste à côté de la platine. Rocé commencera en effet sa performance par un accapella de L’être humain et le réverbère rappelant le talent d’écriture de l’artiste. Rocé livrera ces classiques pour le plus grand bonheur de ses fans avec Changer le monde et On s’habitue du célèbre « Top Départ » ainsi que En apnée, morceau issu de « Gunz N’ Roce », durant lequel Alberto et Loran ( du groupe Labess) seront sollicités pour assurer l’instrumental. Encore une fois, la collaboration est irrésistible.


DJ Sims assumera une nouvelle fois la transition avec quelques classiques du rap américain comme Hip Hop de Dead Prez et The Next Episode de Snoop Dogg et Dr.Dre.

C’est Hajare, membre du crew X Pression Art d’corps, qui introduira celle qui est à la fois son amie mais également celle qu’elle accompagne sur scène, Fanny Polly. La MC, qui a sorti « Toute une histoire » en juin dernier, débutera elle aussi par un accapella très impressionnant dans lequel elle nous livre un petit cours d’histoire de la danse Hip-Hop, texte qu’elle aurait posé devant toute la classe lorsqu’elle était l’élève de Nasty durant sa formation de danseuse. S’enchaîneront le morceau Introduction, 4ème épisode de sa série de freestyle « Cypher », et X pression art d’corps, issu de son album « Toute une histoire » sorti en juin dernier, afin de présenter le reste de son équipe de danseuses. Ness et Tiffany rejoindront Fanny et Hajare pour finir le show par One shot, également tirée de son projet. La prestation est à couper le souffle, rap et danse seront maitrisés jusqu’à la dernière seconde. Fanny Polly et son crew laisseront un impact visuel et auditif à ceux qui ne la connaissaient pas déjà.

Le spectacle continue avec une autre vidéo montrant le Barbès des années 70-80 avec la métamorphose et l’enrichissement qu’a connu le quartier par l’arrivée de l’immigration nord-africaine. Des plans de salons de thé, de magasins de sapes, d’épicerie et autres lieux culturels se succéderont sur une prod orientale très immersive.

C’est Tiemoko qui viendra assurer la suite sur scène pour nous apporter un rap aux sonorités Old School sur un style jazzy. Accompagné par Dj Soul Intellect aux platines, le rappeur parisien nous fera part de ses meilleurs textes dont J’rap remixx et Denzel, deux tracks tirés de la « Mixtiem », ainsi que Vieux rap neuf et Le silence (dont la version studio ne devrait plus tarder à sortir).
Le MC au béret jaune a assuré son passage en proposant un rap frais remettant au goût du jour un style qu’on ne retrouve plus et qui nous manque terriblement. C’est sous les applaudissements du public qu’il sera rejoint par Zaef pour une brève intervention durant laquelle l’humoriste réalisera un court slam mais fin et pertinent sur l’immigration et ses conséquences sur ceux qui la vivent.
Les deux artistes iront s’asseoir aux côtés de Fanny Polly et X pression art d’corps pour déguster un thé à la menthe en assistant au show du prochain artiste.

Et c’est certainement le plus remarquable de la soirée : Lidiop et sa gratte entreront sur scène accompagné par Kanté pour les percussions. Il suffira du premier son de sa voix pour sentir les poils de mes camarades de la fosse se dresser. Entre Only one et Road of Jah, l’artiste embaumera les esprits présents dans la salle des meilleures ondes et des messages les plus optimistes que la musique puisse partager. La réponse du public est immédiate, Lidiop aura le droit à une ovation prolongée qui le laissera démuni, armé de sa seule modestie.
Il invitera, pour conclure son passage, Fanny Polly et Tiemoko pour venir partager quelques textes sur les tendres accords de sa guitare.

Ces derniers viendront introduire Just Shani, la rappeuse lauréate du Give me Five 2019, qui a su mettre à profit la rime avec des textes percutants. Un fût particulièrement impressionnant: construit à partir des syllabes de son blaze, la MC a fait preuve de technique et a emporté la foule avec elle, assurant ses backs. Par un jeu de scène rythmé et le soutien de DJ MNK elle a su relever l’atmosphère du Barbès café Show par un style plus ambiancé que ce soit du rap brut ou un autre plus mélodieux. Elle signera la fin de son passage avec Sélection féminine, morceau à succès qu’elle a réalisé comme hymne de la coupe du monde féminine 2019. Elle aura fait trembler la scène et suffisamment échauffer le public pour le clou du spectacle.

 

Just Shani rejoignant les tables des buveurs de thé, Dj rolxx arrive sur scène avec son MPC pour faire chanter le public sur J’ai Mal au Mic d’Oxmo Puccino pour effectuer ensuite une transition avec l’instru 2 chez moi qu’il a produit lui-même sur l’album de Demi Portion sorti en 2017.
C’est ainsi que le rappeur sétois, héritier direct de Georges Brassens, débarque sur scène pour balancer le morceau éponyme de son avant-dernier album, suivi directement par La sirène, issue de « Super héros ». Le créateur du Demi-festival, festival de rap indé qui a lieu tous les étés depuis 4 ans dans sa ville natale, avait réservé 2 surprises au public du Barbès café show : il interprètera, pour la première fois sur scène, Mon dico vol 5, extrait de son album « La Bonne École » prévue pour le 17 janvier 2020. Le texte, reflétant tout le potentiel de la plume du MC, est posé sur une composition du pianiste Sofiane Pamart qui a fait bouger les lignes du rap actuel avec le rappeur bruxellois Scylla et leur album commun.
Cet instant était déjà suffisamment magique pour que Demi-portion rajoute une couche de surprise à la soirée : Après avoir posé son freestyle Fonky Family sur l’instru de Mystères et Suspens produit par Pone, il invitera quelques rappeurs à venir freestyler dont Oli, le rappeur toulousain qui partage le haut des charts en France avec son frère Big Flo et qui apparaitra sur le futur album de Demi-Portion. Se suivront ensuite Fanny Polly, Just Shani, Tiemoko, Rocé et Labess pour cette tradition élémentaire du Hip-Hop.

Pour conclure cette formidable soirée, Koma fera un rappel à la tradition et invitera tous les artistes précédents pour un gros freestyle à cheval entre les platines et les instruments de Labess. Mokless interpretera B.E.Z.B.A.R pour la fin du rendez vous au 1, Rue Fleury.

Les visages souriants des spectateurs quitteront progressivement la salle et s’arrêteront au stand de la Scred Boutique et celui du disquaire Soul Ableta, spécialisé dans la musique africaine, dont la boutique se situe au 42 rue Marcadet. Les plus motivés resteront quelques minutes de plus pour discuter avec les artistes et les retrouvailles hasardeuses auxquelles on assiste parfois dans les concerts de rap.
Le mot « café-théatre » fait partie du langage commun. Dans quelques années, on parlera de salon de thé-Hip-hop comme faisant partie intégrante du rap français underground. Sous les couleurs de l’indé, le Barbès café show et la Scred connexion signe une 1ère édition avec les mêmes mots qui composent les valeurs de notre cher mouvement : « Peace, Love and Unity ».


K.N

Photos par : Mamad Diawara & Jean Segura

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