Il y a une semaine, j’ai eu la chance d’approcher à mon échelle l’univers de la Scred. En passant au 80 rue Marcadet dans le 18ème pour savoir s’ils cherchaient une rédactrice pour le Scred Magazine, je suis tombée amoureuse de la boutique dans laquelle j’entrais pour la première fois, malgré le respect que je porte à la Scred depuis des années. J’ai vite été accueillie par Mokless et Koma, les deux papas de la Scred (connexion, boutique…) qui m’ont fait confiance pour produire du contenu pour le site !

J’ai très vite compris, après quelques jours passés dans la boutique avec Mohammed (community manager) et Arthur (vendeur), que la vie y était particulièrement rythmée. A longueur de journée, les visiteurs s’y succèdent : rappeurs français underground, fans de la première heure, proches du quartier, touristes intrigués… tous ayant en commun leur amour pour le rap et leur fascination devant l’imposant mur d’albums de la boutique et sa sélection tous les jours plus grande de textiles hip-hop.

Et cette première semaine pour moi a été une semaine chargée pour la Scred, entre sorties de clips, événements hip-hop et solidaires et passages surprises à la boutique. Une artiste à l’honneur : Fanny Polly ! La rappeuse Scred, peu de temps après être entrée dans le cercle de Fianso, s’apprêtait à sortir, vendredi 21 juin, son premier album : Toute une histoire, dans lequel on allait retrouver Demi-Portion, Taïz et Marion Napoli ! Tout au long de la semaine, des lives Instagram en ont assuré la promotion.

Un nouveau clip et un album en prévision pour Scylla

Vendredi 14 juin, on a partagé la dernière chanson clipée du rappeur Scylla : NVM, sur une prod tout en fraicheur de Ponko. Un clip coloré réalisé et produit par Virgil Hombach dans lequel on observe la silhouette sombre de Scylla sortir d’un restaurant pour se fondre seul dans la nuit d’une ville asiatique, tel Bill Murray qui erre avec gravité dans les rues de Tokyo dans Lost In Translation. Le flow profond de l’artiste va de paire avec l’obscurité des décors, et contraste avec l’instrumentale insouciante et les touches de couleurs vives de la ville !

En tous cas, une manière réussie d’annoncer l’arrivée prochaine de son album, BX Vice qui sortira le 28 juin prochain. Cette découverte pour moi m’a donné envie de me plonger dans l’univers mélancolique et puissant du rappeur (avec des chansons comme Charbon, avec Sofiane Pamart au piano), pour me mettre dans l’ambiance en attendant l’album du monstre des abysses. La tracklist et la cover officielles sont désormais consultables sur le site de la Scred !

La carte blanche de Demi-Portion à l’Institut du Monde Arabe

Le vendredi soir a eu lieu l’acte 1 de la Carte blanche laissée à Demi-Portion à l’Institut du Monde Arabe dans le cadre des Arabofolies 2019, « festival musical des arts et des idées » ! Le sétois s’est entouré pour cette première soirée de DJ Rolxx, Mono, Sam’s, Billet d’humeur, et bien sur de Fanny Polly. Le lendemain, après un atelier hip-hop intergénérationnel avec Fanny Polly, c’est Petit Copek, ATK, Rocé, Kacem Wapalek et Mystik qui se sont retrouvés à performer devant le public de l’Institut dans le cadre de l’acte 2 de la carte blanche de Demi-Portion.

En hommage à Lamine Dieng : participation de Mokless et Koma au concert de la Parole Errante

En mémoire de Lamine Dieng, mort étouffé par des policiers le 17 juin 2007, une journée a été organisée par les collectifs Angles Morts et Vies Volées et par l’association PeopleKonsian, le samedi 17 juin dernier. Après une marche de commémoration dans l’après-midi, un concert collaboratif a eu lieu à la Parole Errante avec la participation de Mokless et de Koma, mais aussi de bien d’autres ! Parmi eux, le groupe montreuillois l’Uzine, le jeune rappeur Siska (dont j’ai découvert à l’occasion le travail et qui mérite de la force), de la rappeuse Billie Brelok… La soirée était de plus présentée par l’artiste multi-casquette Nes Pounta : rappeur, producteur, animateur radio de l’émission l’Equipe de Nuit sur radio FPP et j’en passe !

Le lieu du concert, la Parole Errante, nécessiterait à lui seul un article entier. Ce lieu, que même les montreuillois ne connaissent pas assez selon Koma, est créé en 1986 à Montreuil. Il est la consécration d’initiatives artistiques plus anciennes d’un auteur, de deux réalisateurs et d’un producteur dont le but était de pouvoir lier dans un même lieu une multitude d’arts, qui ont décider de s’établir dans les anciens locaux Mélies à Montreuil. Devenu Centre International de Création, c’est avant tout un lieu de partage où se déroulaient aussi bien des concerts solidaires que des ateliers pour lycéens. Son café-librairie Michel Firk est un emblème de la culture libertaire montreuilloise. Un lieu et des invités fortement symboliques donc, pour rendre hommage à Lamine Dieng.

Un clip de Le Bon Nob et la visite de Fresh Out Da Box

Lundi, on a partagé le nouveau clip du son de Le Bon Nob : De la lumière, sur une prod de Beateljouss. L’artiste nous emmène littéralement avec lui pendant un trajet dans sa ville. En marchant, il nous parle d’un gars qui malgré tout le gris du monde s’acharne à vouloir apporter de la lumière. Le violon s’accorde parfaitement avec ce ton de clown triste, avec ce message profondément porteur d’espoir mais aussi très désabusé.

Plus tard dans la journée, la boutique a reçu la visite du rappeur O’Sabio, membre du groupe Fresh Out Da Box. Il nous a parlé de ses débuts dans le rap, mais aussi de sa rencontre avec Vald par l’intermédiaire du beatmaker INCH, du feat de Fresh Out Da Box avec lui (Atmosfear), mais aussi et surtout de leur collaboration avec G.O.D, ce qui a motivé une longue discussion avec Arthur, fan de l’Infamous Mobb dont fait partie l’américain. C’est comme ça qu’on a appris que cette rencontre entre le groupe du 91 et G.O.D a mené le groupe à faire sa première partie lors de sa tournée en Europe ! O’Sabio a déposé le dernier projet de Fresh Out Da Box à la boutique : Special delivery, sorti le 29 mars dernier. Il est maintenant officiellement disponible à l’achat à la boutique Scred et sur le site internet !

La visite de Fanny Polly : Toute une histoire !

Mercredi 19 à 19h00, à deux jours de la sortie de son album Toute une histoire, l’artiste à l’honneur cette semaine est passée à la boutique dédicacer les albums précommandés par les 100 fans les plus vifs, venants aussi bien du sud de la France que d’Angleterre !  J’ai pu discuter une dizaine de minutes avec Fanny Polly sur son lien à la Scred, ses émotions l’avant-veille du jour J, son passage à Rentre Dans Le Cercle de Fianso, son featuring avec Demi-Portion, la performance à l’Institut du Monde Arabe, ses influences musicales… Voici la retranscription de ma discussion avec cette artiste au sourire aussi grand et lumineux que les Alpes-Maritimes :

Nikita : Là c’était la semaine Fanny Polly à la Scred !

Fanny Polly : Ouais !

N : Est-ce que tu peux me raconter ta rencontre avec la Scred ? Les premiers contacts ?

F : Le premier contact indirect on va dire ça a été musicalement quand j’étais plus jeune. Après plus tard ça a été via les réseaux sociaux, via Allison qui travaillait avec eux à l’époque, qui s’occupait un peu des réseaux, et qui leur a montré des vidéos de moi que j’avais fait, et tout simplement ils m’ont dit de passer à la boutique. Je suis passée, et ça part de là. C’était il y a trois ans.

N : Et de là ils ont écouté ce que tu faisais et ils t’ont proposé de produire un album ?

F : C’est ça, et on voulait se rencontrer, parce qu’eux au final ils avaient vu quelques vidéos mais ils connaissaient pas non plus mon univers complet. On a discuté, je leur ai dit que je venais du milieu de la danse, que là j’avais comme projet de sortir un album, eux c’était le moment où ils voulaient monter leur label pour se lancer dans la production, donc le timing était parfait, on s’est dit « Partons ensemble ».

N : Donc, premier album ! C’est quoi tes sensations là ?

F : C’est… toute une histoire ! (rires) Bah j’ai pas les mots franchement parce que c’est la consécration de… j’allais dire deux ans de travail mais dans mon album y a des morceaux qui datent d’il y a dix piges, c’est le fruit d’une vie ! Donc ouais c’est quand même une consécration. Fierté, bien entendu. Émotion parce que c’est un rêve d’ado qui est devenu un projet d’adulte tu vois, et qu’on a réussi à mener à bien. Et surtout reconnaissance, envers Koma et Mokless pour tout ce qu’ils ont fait pour moi. Et c’est quand tu le vois dans les mains, quand le truc il est palpable que tu te rends compte que… on l’a fait quoi ! C’est que le début…

N : Et en plus t’as des sacrés featurings : un son avec Demi-Portion (ndlr : le titre J’ai pas les mots) …

F : Ouais ! J’en ai trois dans l’album : celui avec Marion (ndrl : Napoli), et un autre avec Taïz de Y et W.

N : Ta rencontre avec Demi-Portion ça s’est fait comment ?

F : Via la Scred, et même, le morceau il s’est fait à distance au début. Parce que j’avais posé un couplet, et on voulait un feat avec Demi-Portion mais on savait pas encore sur quel morceau, et Koma quand il a entendu il a dit « je le vois clairement dessus », et c’était une évidence, et lui il a de suite accepté. Donc on l’a fait à distance et après on l’a clipé pendant le Demi-Festival.

N : Vous l’avez donc fait à la base avant de vous être rencontré ?

F : On s’était déjà croisé au Scred Festival et tout, mais on n’avait pas vraiment échangé.

N : J’ai envie de rappeler qu’il y a quelques jours t’es rentrée dans le cercle de Fianso ! Tu tires quoi de cette expérience ?

F : Bonne expérience ! C’était pas ma meilleure performance ! C’était kiffant le cadre et puis voilà le fait d’y être après avoir vu plein de gens y passer, se dire « c’est mon tour » c’est toujours gratifiant tu vois. Et puis le cercle quoi ! C’est tout ce qu’on aime, je veux dire le concept de cypher. Moi j’ai commencé avec ça, avec des cyphers donc je pouvais pas dire non… au cercle ! (rires) Donc ouais lourd !

N : Et tu viens d’où toi exactement dans le sud ? De Nice ?

F : Du 06 ! Ouais si c’est Nice, entre Nice et Cannes quoi, j’ai fait un peu plusieurs bleds de la bas, mais 06 de manière générale !

N : Et là tu viens de participer à la carte blanche de Demi-Portion !

F : Oui ! Le weekend dernier.

N : C’était comment ?

F : C’était lourd ! Nouvelle config’ un peu, le public, l’ambiance, beaucoup plus institutionnel quoi ! La symbolique était forte déjà, de voir tout ces rappeurs dans ce lieu [ndlr : l’Institut du Monde Arabe], et les gens y’avait un peu de tout du coup ! C’était que des rappeurs à texte, choisis par Demi-Portion pour la qualité de leurs textes ! C’était varié : Petit Copek, Kacem Wapalek, Mystik… et tu vois Mystik c’est un poète, il a fait une prestation c’était lourd ! Demi, Rocé… tu vois. Donc la programmation elle était ouf. Et voila ouais, c’était une autre ambiance : les gens assis un peu en mode cinéma !

N : C’était quoi le public ?

F : Y avait un peu de tout, franchement. Après c’était très, comme je te disais, « institutionnel », y avait beaucoup de gens de l’Institut, de gens qui travaillaient là-bas ou de l’entourage, en tous cas qui sont amenés à travailler avec, donc public différent, costard et tout.

N : Ça leur a plu ?

F : On a eu des bons retours ! Et puis même ça se sent, l’ambiance sur le moment, ils étaient bien réceptifs.

N : T’avais l’impression que c’était un peu la connexion de deux mondes ?

F : Totalement, ouais une jonction entre deux mondes qui était à la fois surprenante et évidente ! Nan c’était beau.

N : D’un côté le monde du rap et de l’autre… ?

F : De l’autre, j’allais dire la politique. Y avait un peu de ça ! C’est deux milieux qui ont du mal à cohabiter, et là le fait de les voir presque en osmose… c’est pour ça que je te disais que la symbolique était forte.

N : D’où l’envie de ramener des rappeurs « à texte » ?

F : Justement, c’était pour ne pas oublier que les rappeurs avant tout c’est les poètes des temps modernes tu vois.

N : Et qu’ils ont tout autant leur place dans des endroits comme l’Institut du Monde Arabe !

F : Mais plus que d’autres même ! (rires)

N : Et par curiosité, dernière question, ça a été quoi tes influences dans le rap ? Par exemple quand t’étais petite t’écoutais quoi ?

F : Moi j’ai commencé quand j’étais ado tu vois, c’était l’époque de Rohff, de Psy 4, Booba, Sniper… donc tu vois la Scred elle était déjà là depuis un moment quand je suis arrivée ! Et j’ai fait après un peu le cheminement inverse, j’ai écouté ce qui se faisait sur le moment et puis petit à petit je suis remontée un peu en arrière, c’est là que j’ai découvert Haroun, Mokless etc. Mais ouais, Sniper m’a beaucoup influencée, Rohff m’a… traumatisée (rires), j’ai aussi pas mal écouté Booba, le rap marseillais aussi : toute la clique un peu autour de Psy 4 (ndlr : Psy 4 de la Rime), Kenny (ndlr : Kenny Arkana), FF (ndlr : Fonky Family), IAM, la Mafia K1 Fry… tu vois, ce rap là quoi.

N : Ok, je vois d’où tu viens !

F : A peu près (rires) de quelle époque en tous cas !

 

 

 

Article et interview : Nikita Guerrieri 

Photos  :

Crédit Nikita Guerrieri : Mohammed dans la Scred boutique, l’équipe Scred devant la boutique et Fanny Polly dédicaçant son album à la Scred Boutique, le 19 juin 2019.

Visuel de Special Delivery de Fresh Out Da Box